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Pendant des années, je me suis pliée à la dérive musicale du groupe nippon. Adepte du son enragé de Zekû (2003) et Kuchiki no tô (2004), j'ai accepté sans broncher Gokusai (2006) au rock gentillet, Shion (2008) aux tonalités électro-mystiques. Mais cette fois, je crie au scandale. STOP! C'est trop. Avec leur dernier album, MUCC a vraiment dépassé les bornes des limites : les morceaux abrutis de gros métal côtoient les ballades de chanteurs canadiens, les solos de guitare sont bouffés par d'horribles instrumentales clubbing indignes même de David Guetta. Pourtant, les français n'ont jamais été aussi nombreux à venir acclamer le groupe en concert. Malgré mon aversion pour les productions actuelles, j'ai décidé de moi aussi faire le déplacement. Je veux juger par mes propres oreilles la dramatique évolution (et espère secrètement que le groupe joue quelques uns de leurs bons vieux classiques). En compagnie d'une autre désillusionnée, j'assiste ainsi à la prestation parisienne de MUCC du 23 octobre dernier.
C'est évidement sur l'intro éponyme de Kyutai
que les quatre musiciens font leur entrée sur la scène de l'Élysée Montmartre et c'est évidement avec des morceaux de ce dernier qu'ils enchainent. Hôkô et Hide&Seek puent le manque d'inspiration, mais le troisième morceau semble
plus percutant avec une intro qui mêle arpèges à la sèche et longues notes à l'électrique. De gros riffs coupent cette ambiance feutrée le temps d'un premier couplet remuant. Un refrain
pop-mielleux se pose alors sur ce début prometteur comme un gros poil de fesses tordu sur une belle minestrone aux petits légumes frais. A côté de moi, ma collègue s'indigne : « Ageha c'est comme suivre la recette d'une tarte à la fraise et
finir par faire un couscous ».
Insensibles donc aux accords bidons que crachent les amplis de la salle parisienne, nous décidons d'extérioriser notre déception, en bavant
sur... [cible repérée] le chanteur, Tatsurô. Nous sommes d'accord, le garçon a toujours été un sacré fashion terrorist, mais ce soir, il frôle le look de vieille escort
girl en fin de carrière. Il passe du hurlement primaire au chant de sirène et minaude
en se tortillant comme une tahitienne poilue sous les bras. Les premiers accords de Saishu Reisha stoppent notre mesquine conversation. Je me rends compte alors que Tatsurô chante
remarquablement plus juste qu'il y a ne serait-ce qu'un an et c'est un vrai plaisir d'écouter ce beau morceau de Hôyôku interprété avec tant d'intensité et de justesse. Le groupe
nous offre ensuite deux des meilleurs morceaux de Shion : Fukurô no yurikago et FUZZ. Autant j'ai snobé le « hohohoho » ramolos de Hôkô, autant celui
de FUZZ je le hurle de toute mes forces en sautant comme une dératée.
Mon entrain retombe vite avec OZ et fuyû. Les morceaux cachent quelques très belles phrases de guitare mais restent dans leur ensemble des bouillies de notes sans grand intérêt. Après cet averse de gros son bourrin, Tatsurô calme le jeu ; l'index sur les lèvres, il fait signe à la salle de se taire. Il se lance alors dans un chant a cappella pour hanabi. Il nous la joue grande émotion à la Fiori et il ne manque plus que Mimi Mathy sur scène pour que la soirée tourne au concert des Enfoirés. Les quatre musiciens continuent de s'enfoncer dans leurs plus immondes compositions avec Sora to ito. Et quand à sa suite résonne l'insupportable instrumentale de Shiva, je commence à regretter réellement mes 27euros et me vois déjà quitter la salle déprimée par la triste vérité : MUCC fait de la merde.
Le groupe se rattrape de justesse en jouant Bôzenjishitsu et Ranshû. Pour la première fois en une heure et demi, je sens la puissance du rock animer mes cheveux. Miya fait hurler sa guitare, Satochi déchire sa batterie, Yukke fait rouler sa basse et même Tatsurô retrouve un peu de son charisme nerveux d'antan en s'arrachant les cordes vocales, les pieds bien ancrés à la scène en position crapaud. Les quatre nippons quittent la scène sur cette impression de retour à la belle époque et moi, je suis de nouveau une adolescente fanatique prête à tapisser les murs de sa chambre avec l'image de ces idoles. La réalité me rattrape quand MUCC revient pour le rappel et joue... Flight, la chanson happy-pop façon pub Nutella. Le groupe a tout de même la bonne idée de nous offrir Libra pour finir dans l'honneur ce concert très bancale. Malheureusement, Tatsurô préfère se rouler par terre plutôt que de se déchirer la voix sur le puissant dernier couplet de la chanson ; je n'aurais pas mon poignant « dakara koso ». C'est donc avec un arrière goût très amer d'insatisfaction que je regarde les musiciens saluer le public et disparaître définitivement en back-stage.
Je suis allée au concert en craignant que les morceaux du dernier album de ces messieurs soient aussi pourris en live que sur CD. Ils le sont, j'en ai été dépitée. Et je suis allée au concert en espérant que ces messieurs daigneraient jouer quelques vieux morceaux de leur discographie. Ils ont daigné, j'en ai été ravie. Une question se posent désormais à moi : dois-je continuer à aller au concert de MUCC en priant pour qu'ils jouent Isho, Monokuro no Keshiki, Kugatsu mikka no kokuin, Daikirai, Ware aru beki basho ou dois-je tout laisser tomber et écouter Gilbert Bécaud sur Nostalgie?

Set list du 23 octobre
Kyutai
Hôkô
Hide&Seek
Ageha
Saishû Ressha
Fukurô no Yurikago
FUZZ
OZ
Fuyû
hanabi
Sora to Ito
Shiva
Bôzenjishitsu
Ranchû
-Rappel-
Flight
Libra
C'était il y a quatre ou cinq ans, un samedi. Je m'étais installée à ma caisse pour neuf heures de travail acharné, neuf heures à décompter les minutes au rythme des bips de la satanée
machine. Alors que je passais jambons, rouleaux de PQ, crèmes anti-ride sur le tapis, je me laissais aller à mes pensées, hypnotisées, bip bip bip bip bip bip. Soudain, un larsen atroce trancha
le brouhaha du magasin, le responsable du rayon CD/DVD venait d'allumer les deux grosses enceintes qui surplombaient ma caisse. Il glissa dans le lecteur le CD promotion de la journée : Brice
de Nice.
...
Neuf heures...
de Brice de Nice!
...
NEUF HEURES... Je me souviens m'être concentrée plus que jamais sur le bip de la machine pour tenter d'oublier l'horrible BO que me crachaient dans les oreilles les deux amplis. A ce moment
là, je ne me doutais pas que le calvaire qui m'était infligée par mon collègue du rayon CD était une méthode de torture établie de l'autre côté de l'atlantique.
C'était dans le Courrier International de cette semaine (n°991) : "American Pie de Don McLean, Born in the USA de Bruce Springsteen, infligés pendant des
heures, voire des jours, aux prisonniers de Guantanamo pour les contraindre à coopérer ou pour les punir". A la lecture de ses lignes, le mal de crane que m'avait valu mes neuf heures
de Brice de Nice m'est revenu. J'ai tout juste oser imaginer la souffrance psychologique que pouvait représenter une telle méthode de torture : l'effet
"neuf-heures-de-Brice-de-Nice" multiplier à l'infini?
L'article, quant à lui, s'intéressait plutôt au dégoût des musiciens dont les oeuvres avaient été détournées de la sorte. Il y était rapporté, entre autres, les
mots de Tom Morello, ancien guitariste de Rage against the Machine, scandalisé. "Ca me rend malade de savoir qu'une musique que j'ai contribué à créer a été utilisée pour commettre des crimes
contre l'humanité. Il faut mettre un terme à la torture et fermer Guantanamo". Plusieurs musiciens célèbres s'accordent ainsi avec les groupes de pression qui exhortent le
président Obama de tenir sa promesse, fermer le centre de détention durant la première année de son mandat. Les artistes tentent même de savoir quelles chansons ont été utilisées pour
intenter, par la suite, une action en justice.
Il semblerait que depuis "le changement d'orientation pris par Obama dès le deuxième jour de son mandat, la musique ait cessé d'être utilisée comme instrument de torture". Mais, rien que de
savoir, qu'un jour, un tordu a eu l'idée d'utiliser une musique, née du plaisir de son créateur pour celui de ses auditeurs, pour tortionner quelqu'un, ça m'horrifie. A
croire que tout, à travers un (notre?) esprit barbare, peut devenir instrument de torture...
Enfin, désormais je relativiserai quand je sentirai la rage monter en moi à l'énième diffusion d'un single de Christophe Maé.